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LES SABLES LES ACORES LES SABLES 2018 – ETAPE 1

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ENSEMBLE EN SOLITAIRE

Août 2018. Youkounkoun est à un immense ponton. D’un côté sont amarrés les bateaux du Vendée -Globe, et de l’autre les 62 bateaux de la Mini-Transat, trois fois plus petits. Mais ne nous laissons pas impressionner par nos grands frères car aujourd’hui nous sommes aux Sables d'Olonne, au départ de la course les Sables - les Açores - les Sables. La « SAS » !

La bonne ambiance est au rendez-vous, même si, à 7 jours du départ, la pression commence déjà à monter. Une réelle excitation devant une aventure un peu folle, celle de partir à travers l'Atlantique sur nos « bateaux de poche » pour une course de 2 x 1300 milles, soit presque 5000 km aller-retour.

Les 62 joyeux concurrents sont concentrés sur leurs préparatifs. On se donne des coups de main, on rigole, et cela rend le départ sympa. Aussi, l’accueil aux Sables d’Olonne est vraiment extra, les bénévoles nous choient avec des bons repas et tout ce qui est nécessaire pour partir dans les meilleures conditions.

Pour ma part, je passe mon temps à bichonner Youkounkoun, à le préparer, à vérifier les voiles, le mat, à effectuer les contrôles de sécurité, le briefing de la flottille 24F, la pharmacie, l’eau, la nourriture… Tout est enfin prêt 2 jours avant le départ.

Enfin presque…  Car à 2 minutes du départ, je réalise que j’ai oublié ma brosse à dent et cela me met dans un état de grande nervosité à l’idée de ne pas pouvoir me brosser les dents pendant 12 jours ! En fait je focalise tout le trac du départ sur mon hygiène dentaire !!!…

Benjamin Ferré, l’un de mes concurrents m’offre sa brosse à dents de secours, et un bateau-accompagnateur me balance un tube de dentifrice. Ouf ! En mer le lavage de dent m’est très important car il amorce ma journée, sans cela la journée prend une toute autre tournure et altère mes performances de navigation

La brume se lève sur les Sables, le soleil apparaît et le départ est lancé, avec pour commencer un petit parcours côtier entre 3 bouées, histoire de faire le show devant Les Sables d’Olonne avant de s’élancer vers les Açores.

Photo: Christophe Breschi

Dès le début de la course, je ressens le poids de toute cette préparation menée rondement dans une atmosphère sympathique, il est vrai, mais stressante, …. Car l’aventure qui nous attend est totale.

En amont, on se retourne la nuit quinze mille fois dans son lit (aménagé dans mon berlingo) en se demandant si ce vaste projet est une bonne idée ou non, et puis finalement, on y va quand même ! En fait, je réalise que j’aime me confronter aux autres dans ces situations éprouvantes et faites de défis, mais en aucun cas je me sentirais d’attaque d’aller aux Acores totalement seul pour le plaisir d’en prendre plein la figure. Ensemble en solitaire !

Photo: Christophe Breschi

Cette partie du départ, donc, est assez étrange, je passe mes premières 48 h de course dans une sorte de bulle, dans un état spécial, je n’arrive pas à trouver un rythme, je règle le bateau, certes, mais je préfère passer mon temps à l’intérieur à me reposer …. Pas vraiment dans le mode course, mais comme dirait mon père, « qui veut aller loin ménage sa monture hein ! »

J’ai de la chance, les conditions sont optimales et le bateau avance parfaitement bien jusqu’au Cap Finisterre (Cabo Fisterra en Galicien). Il avance si bien, que même dans ma bulle de latence, je reste dans le peloton des 6 premiers, avec Ambrogio Beccaria, suivi de Valentin Gautier, Nicolas d’Estais et Matthieu Vincent. Le météorologue Pierre Leroy nous rejoint ensuite.
Nous continuons jusqu’au DST ; C’est une zone interdite à la navigation de plaisance car réservée au passage des cargos. Nous sommes obligés de passer au ras de cette zone, au milieu des cargos.  En plus, à cet endroit, on voit des baleines toutes les 5 minutes et c’est très excitant. Mais il faut rester aux aguets dès qu’on a une vitesse un peu soutenue car on a très peur de rentrer dedans et d’y laisser ses safrans. On voit leur geyser ultra puissant à l’horizon et c’est génial. Slalom géant !

Mais un petit souci survient : Un filet se prend dans mon safran. Ce très lourd piège d’une dizaine de mètres me ralentit à 3 nœuds. Le temps de réfléchir à la manière de le libérer… Me déshabiller pour pouvoir le repousser vers le bas avec mon pied ? il se défait tout seul et s’en va. Je signale toutefois sa position à la flotte pour qu’ils ne se prennent pas dedans. Mon fournisseur de brosse à dent, Benjamin, bien conscient de L’OFI réussira quand même à l’accrocher à sa quille quelques minutes plus tard…

Sans météo, ce n’est plus la course

Durant cette course, nous avons la chance de recevoir la météo par la BLU. C’est d’ailleurs notre seul contact avec le monde terrestre. La BLU est une petite radio avec une antenne branchée dans le mat nous permettant de recevoir les bulletins météo (pas d’émissions). Ces derniers sont envoyés par la direction de la course depuis la France.
Malheureusement, même si j’ai installé une superbe antenne dernier cri juste avant de partir, je ne reçois rien du tout, à part de la musique orientale ! Je passe donc mon temps à l’écouter. Cependant, j’ignore tout des dépressions et des anticyclones…
Les 3 premiers jours cela ne m’inquiète pas trop car j’ai pris la météo avant de partir. Mais ensuite, je commence à me poser de grosses questions et me demande où allons-nous aller, et quel vent allons-nous avoir ? Je réalise pour la première fois que sans bulletin météo ce n’est plus la course !

Par chance, mes acolytes partagent la météo sur la VHF, et au bout de 3 jours Valentin m’annonce que « nous allons bien nous faire défoncer … ! »

  • Qu’entends-tu par « défoncer » ? il répond un inquiétant « Beaucoup trop de vent », et « de face », en plus !!! Ça refroidit !

Le premier front arrive

Front 1

Un front c’est une zone marquant le contact entre 2 masses d’air convergentes différenciées par leur température. En bref, c’est un secteur où il existe des turbulences… et où il va falloir faire face ! Là, il s’agit d’un front froid qui passe de manière verticale en venant d’Ouest en Est avec du vent de Sud-Ouest, des nuages et des grains, puis le vent tourne brutalement au Nord-Ouest.
Cela me donne très envie de traverser ça par le Nord et d’obtenir ainsi du Nord-Ouest afin de glisser ensuite vent arrière jusqu’aux Açores. Mais le problème, c’est que ce front est très fort : Beaucoup de vent au nord, et moins au sud (on annonce des rafales à 50 nœuds là-haut). Donc, on a bien compris qu’il ne fallait pas aller fourrer son nez là-bas, et plutôt s’orienter sud pour ne pas y laisser nos bateaux, et aussi éviter de se mettre en danger.
Suite à ce bulletin météo, spontanément, on se rallie, et formons une espèce de groupe entre Valentin, Pierre, Matthieu, Nicolas, Amelie Grassi (qui nous a rejoints) et moi. Quant à Ambrogio, «Bogi airways», il est déjà beaucoup trop rapide, et nous le perdons de vue, car il est loin devant.
Notre petit groupe de 6 avance courageusement vers le front. Je commence à émerger de ma léthargie, à trouver enfin un rythme, désormais bien motivé pour partir vers les Açores.

Je me suis bien reposé les 2 premiers jours.

Mais lorsque j’entends que l’on va avoir du mauvais temps, je commence à réaliser, à percuter, à me rappeler les conditions parfois très dures que j’ai pu avoir en voyage autour du monde en famille lorsque j’étais plus jeune et du coup, j’arrive à me préparer mentalement à ces conditions attendues ; Cette approche va vraiment m’aider dans les moments difficiles.
Ce premier front reste tout à fait respectable, avec 20 à 25 nœuds au près, cela tape un peu mais le bateau avance correctement, et on s’en sort bien.

Dès le lendemain, on nous annonce qu’il va y avoir un deuxième, puis un troisième front.
Pour le deuxième, on réattaque, un petit peu plus fort, 30 nœuds en rafales, un ciel noir et très bas. Sebastien Gueho et Guillaume Coupé se greffent à notre groupe au niveau du 43eme degré Nord. Du coup, nous baptisons notre flotte « Le groupe du 43 ». Et on se supporte moralement, on s’épaule, se conseille les uns les autres lorsqu’il y a des problèmes, on avance avec un esprit d’équipe. Même si ce « rapprochement » nous réconforte pour le passage des fronts, nous avons tous aussi bien conscience sur le fait qu’il s’agit d’une compétition et on y va pour aller le plus vite possible, pour essayer de donner le meilleur de nous-même au sein du groupe.

Front 2

Les fronts s’enchaînent, les conditions sont assez vigoureuses et la fatigue s’accumule sans se faire trop ressentir de mon côté. On a du mal à savoir ce qui nous attend le jour d’après.
Durant cette première étape, je n’ai jamais compté les jours qu’il restait à naviguer. Je comptais les jours passés en mer mais pas ceux à venir. J’étais fatigué physiquement, mais toujours avec la conscience que c’était ce que je voulais faire. J’ai toujours voulu être là, conscient de cela et à l’aise avec cette décision. L’impression d’être au bon endroit.

J’y suis donc allé à fond, je me suis bien cramé. D’ailleurs, j’en ai chialé à un moment donné, mais chialé d’émotion, en réalisant combien les personnes autour de moi avaient un esprit d’entraide et de solidarité. Cet esprit est d’ailleurs appelé « L’esprit Mini ». Je l’ai ressenti à un point tel que cela m’a tiré les larmes, et m’a vraiment touché.
Un petit craquage obligé et naturel, plein d’émotion, tant l’aventure est complète, physique, prenante.

Navigant en formation, nous avons créé des liens en discutant à la VHF, et j’ai vraiment apprécié rencontrer ces personnes que je ne connaissais pas forcément avant la course. Les rencontrer à la VHF pour ensuite les retrouver et les découvrir à l’arrivée. Génial !

Après le quatrième front : Grande pétole ! Une dorsale s’installe.

Une dorsale est une projection, un épatement d’un anticyclone (une haute pression dans laquelle il y a du beau temps, mais pas de vent !) bref on fait sécher les chaussettes.
Nous arrivons donc dans cette grande pétole, hyper calme. Cela a l’avantage de nous permettre de nous poser un petit peu. Mais après avoir eu du vent, la mer d’huile peut faire tourner la tête et rendre fou de ne plus pouvoir avancer, d’être carrément impuissant. J’en profite pour lâcher un grand cri de rage mais aussi de joie de pouvoir le faire !

La Dorsale

Le fait de me forcer à rester positif m’a aidé jusqu’au bout, et m’a fait apprécier ce que je faisais. J’ai évité beaucoup de problèmes techniques, à part mon pilote automatique qui a fait des siennes juste au moment du passage du 3eme front ! Un problème sommes toutes assez basique : il y a un petit capteur d’angle de safran pour que le pilote comprenne quel est l’angle de barre, et ce petit  capteur d’angle est tombé. Le bateau part en 360° ! Après avoir accroché la barre avec un bout, j’ai rampé dans le tunnel sous le cockpit avec ma combinaison trempée afin d’y réaliser mon bricolage. Coup de bol, seulement 10 min sans s’arrêter pour réparer et c’était réglé ! J’étais même surpris de faire ça aussi rapidement, parce que d’habitude, une avarie en entraîne aussitôt une autre, et au bout du compte on passe une journée vraiment m…ique !

Mer d’huile donc. Cette imposante pétole nous disperse les uns et les autres. Les vents deviennent capricieux et nous éparpillent. Par fatigue, je m’endors un peu trop longtemps avec un mode de pilote automatique de vent apparent. Cela dévie un peu ma direction, et m’éloigne sensiblement de mes voisins.

Il est vrai que se rallier reste très sympa et rassurant, très enrichissant, surtout au niveau météo (Pierre le météorologue nous partage ses connaissances) et entraide morale, mais nous restons tout de même des marins solitaires. Toutefois, je sais que cela a été dur pour quelques-uns d’entre nous de devoir s’écarter de ce peloton sécurisant. Je pense à mon très bon copain Matthieu, un gars costaud et très bon marin, qui a dû barrer son bateau 36h non-stop sans dormir dans le troisième front, dans des conditions difficiles. Il n’avait plus d’énergie à bord pour enclencher son pilote automatique. La fatigue accumulée eu raison de son moral, il a dû s’arrêter pour aller dormir, une sieste obligatoire. Nous eûmes un échange fort en émotion à la VHF avec Matthieu avant d’être hors de portée radio.
Un éclatement du groupe dû aux conditions météo très variées et aux différentes performances des bateaux, mais un détachement nécessaire.
En fait, très rapidement, je réalise cela : Ce groupe est un atout pour s’entraider, mais en aucun cas il faut que cela devienne une priorité pour moi.
Donc le jour où je me retrouve un peu à l’écart, je ne ressens pas grand-chose comme émotion. C’est tout naturel. J’étais juste content d’avoir fait partie de ce « clan » pendant un moment, ce clan qui m’avait fait du bien, mais je démarrai quelque chose de nouveau. Seul.

En plus, les conditions allaient s’améliorer, on avait bien étudié cela la veille, et il n’y avait à priori pas de gros danger pour faire son petit truc de son côté.
Ce n’était pas forcément mon objectif de départ mais bon, c’est comme ça que cela s’est déroulé, et cela s’est révélé positif, puisque cette sortie de route m’a permis de toucher une veine de vent beaucoup plus tôt que certains autres.   Et ils ont fini par me suivre 10 milles derrière. C’était vraiment extra de me découvrir en tête de cette formation à 2 jours de l’arrivée. Un vrai booster !
Du coup, j’ai continué, mais en changeant légèrement de mode. J’ai eu envie d’attaquer un peu plus. J’ai stoppé la lecture de mon bouquin (livre devenu aussi une éponge), et me suis concentré sur le dernier front que nous savions plutôt tranquille. Un front que nous avons été chercher à l’ouest pour revenir par le nord des Açores.
Au bout du compte, je ne me débrouille pas trop mal. Quelques grains passent. Je me plonge dans le livre de météo de Jean-Yves Bernot, Le plus grand des météorologues en sandales ! C’est lui qui nous fait nos cours de météo à La Rochelle.
Et puis, il y a cet énorme nuage noir …  Et justement, j’avais potassé qu’il fallait passer autour d’un nuage d’une certaine manière pour obtenir du bon vent, ce que je fais. Et pendant 2h je me propulse vers les Açores, fais encore du gain, et perds les autres de vue à l’AIS.
L’AIS, c’est un radar qui permet de voir à portée VHF (environ 10 Milles Nautiques). Je suis vraiment en solitaire …

… Jusqu’au moment où j’aperçois les Açores !

Des montagnes volcaniques, des murs imposants sortants de l’eau.
On les aperçoit à 60 miles, c’est à dire à plus de 100 km. Cette vision des Açores, c’est vraiment incroyable !
Terre en vue, enfin ! Enfin !
Je navigue depuis 11 jours et enfin je vois les Açores ! Je les sens aussi, ça pue la chèvre, il doit y en avoir plein les montagnes !
Cela me rappelle tellement l’arrivée dans les voyages de mon enfance… Je suis heureux !
Curieusement, ça me donne envie de manger toutes mes réserves de bouffe pensant «c’est bon, on est arrivé» !
Je suis tout seul, à 10 nœuds, sur le bon cap, pourtant je sais qu’ils sont encore derrière, sauf Bogi, devant. Toutefois, nous bataillons contre le groupe du Sud : Julien Letissier, Cédric Faron, et Camille Taque.
Camille appartenait à « notre » groupe du 43 Nord, avant de se rallier au « groupe du Sud ». A bord de son prototype, elle a choisi de passer par le Sud des îles en espérant toucher un meilleur vent. Malheureusement, cela ne marche pas aussi bien que la stratégie Nord, qui passe entre les îles dans les dé-vents. Le dé-vent d’une île peut aller jusqu’à 30 fois la hauteur de la montagne. Sâo Jorge que nous rasons s’élève à 1500 mètres. Imaginez la longueur du dé-vent ! Inévitable !
Miraculeusement un solo sailor class 40 passe dedans, et j’aperçois la position de ses voiles ce qui me permet d’anticiper un peu mes manœuvres, même si je finis par « m’empétoler » complètement, jusqu’à l’arrêt total !
Et là, qui vois-je à l’horizon, dans mon arrière ? : le « Tyrion » d’Amélie, et le «Shaman » de Valentin !
Je les vois remonter à 10 miles, 8 miles, 5 miles, 3 miles… C’est chaud là, j’aperçois presque leur petite tête !
Par bonheur, je sors du dé-vent de Sao Jorge avant eux, et là, à la tombée de la nuit, grosse accélération, effet venturi entre les îles ! Je fonce à 10 nœuds jusqu’à 3 miles de l’arrivée.
Je les « dépose » à Sao Jorge 14 miles derrière, mais attention, tout ça dans un bon esprit ! Je les informe du dé-vent, de l’accélération du vent, de la présence de superbes baleines à bec… Mais je reste toutefois un peu tendu à l’idée de les savoir si proches, si proches du but.
Estimant l’arrivée dans la prochaine demie-heure, je commence à mettre un peu d’ordre sur Youkounkoun, me prépare mentalement à cette phase d’arrivée, sans savoir si le groupe du sud nous a doublé ou non. Le problème est que je tombe dans un nouveau dé-vent, un mur impitoyable, celui de Pico, un volcan de 2500m d’altitude. De 20 nœuds de travers, je passe à 1 nœud de vent me promenant dans n’importe quelle direction – Incontrôlable. L’horreur !

Grandes hésitations entre grand spi et gennaker

Chaque voile est valable. Lorsqu’ il n’y a pas de vent, le gennaker me semble plus efficace que le grand spi, qui n’aura pas de forme du tout. Il est 2h du matin, je change 8 fois de voile, me donne à fond, en espérant trouver la porte d’entrée de ce mur vers l’arrivée. Je veux absolument arriver avant les autres coureurs. Je sais qu’ils vont me rattraper, je sais qu’ils vont revenir à 10 nœuds, et c’est exactement ce qui se passe. Je les vois revenir en force : 8 miles, 5 miles, 3 miles, …1 mile….
… Et au bout du compte, Amélie me dépasse, là, à 20m sous mon vent ! Il est 4h du matin à savoir que cela se joue de si peu à 3km de l’arrivée. Je prends la VHF en main, 10 secondes se passe… je lui demande ou pas ?  – « Amelie, tu as quelle voile ? »… Moment de silence… – « Grand spi ». « …Merde » je suis resté avec le Gennaker, mauvais choix ! Vindiou ! Je bondis sur le pont, je change de voile pour la neuvième fois à une vitesse incroyable et me voilà à pomper mon spi comme un âne !
Je trouve une technique assez intéressante pour lancer le bateau et finalement, j’arrive à reprendre de la vitesse, et redouble Amélie.
5h du matin, nous formons un petit peloton, espacés de 200 mètres chacun, entre Youkounkoun, Tyrion et Shaman, à batailler pour les 1000 derniers mètres après 12 jours de course, pour la 2nd, 3ieme et 4ieme place.

Photo: Christophe Breschi

Des bateaux à moteur arrivent, des projecteurs, des photographes, des caméras, et Alessandra ma copine m’accueille, installée dans l’un des Zodiacs.
Tout ça est un peu irréel, cela ne m’était jamais arrivé. J’avais vu ça seulement dans les grandes arrivées de course au large, mais là, j’ai la chance d’en faire partie !
C’est vraiment l’excitation totale, et j’ai du mal à rester concentré sur mes voiles, car il reste encore 200 mètres à parcourir avec ce vent toujours très instable.

« POUÊÊÊT » ! La ligne d’arrivée est franchie en 2eme position !!!

Je ne réalise pas encore tout à fait. C’est le lever du jour, je n’ai pas dormi depuis 24 heures. Il ne m’était jamais arrivé de barrer toute la nuit, en restant à fond jusqu’à l’arrivée, et ça a marché. C’est vraiment beaucoup de satisfaction, et une aventure tellement incroyable !
Voilà.

Photo: Christophe Breschi

Arrivée au ponton à l’aube, on découvre Horta, la beauté et la verdure des Açores, un accueil très chaleureux des locaux et de l’organisation.
En fait, très peu de bateaux sont arrivés. 5 prototypes, et le premier bateau de série : Ambrogio, le 1er pogo 3, puis moi. Après avoir bu une grande gorgée d’eau plate parce qu’il ne me restait plus grand-chose à bord, on me tend une bouteille de champagne, à secouer et à arroser pour célébrer mon arrivée.

Je suis tellement excité d’avoir réussi que j’en donne une petite gorgée à Youkounkoun pour m’avoir amené jusqu’ici sans problème, pour avoir tenu le choc. C’est un bateau que j’aime de plus en plus et que je découvre chaque instant davantage.
Alessandra me saute dans les bras, … Je suis super heureux !

Amélie et Valentin arrivent. C’est la célébration en groupe. On saute à l’eau avec Amélie et Ambrogio (le podium) – c’est aussi le prélavage…. Puis les arrivées s’enchaînent dans la journée, par petits paquets. C’est une journée d’accueil, d’applaudissement, d’ambiance festive. Ensuite, chacun range son bateau, va faire un petit tour sur le port. Nous prévoyons déjà d’aller louer des scooters et d’arpenter l’île de long en large, d’aller au volcan, sans oublier d’accueillir les copains qui arrivent encore.

On ne pense pas tout de suite au départ de la deuxième étape. Nous sommes encore dans la phase d’arrivée, et du plaisir qui en découle.
Alessandra et moi avons déniché un petit bed and breakfast dans les hauteurs de Horta où la vue est superbe sur les îles, et notamment Pico, le volcan culminant à 2500 mètres.
C’est incroyable d’avoir fait autant de kilomètres et d’arriver dans un si bel endroit. Un petit paradis. Cela m’apparaît comme un voyage au-delà de la compétition, c’est une aventure, un environnement nouveau, un pays nouveau avec ses habitants si sympas et du coup, on prend plaisir à visiter, à se balader en scooter, on va au volcan, on mange bien, on se repose, on reste ensemble avec les Ministes, pour bien profiter.

Trois jours après l’arrivée, c’est la remise des prix de la 1ère étape. Les Açoriens nous réservent un superbe accueil et la cérémonie a lieu dans un petit château au bord de l’eau, avec un buffet aussi délicieux que conséquent, et un cochon grillé.
J’ai soudain le sentiment d’être vraiment à ma place, avec un entourage fort, tant au niveau des coureurs, de l’accueil, de l’organisation. Cela me touche profondément. J’ai l’impression de retrouver quelque chose que j’avais perdu depuis très longtemps…
Obtenir la 2ième place, et recevoir un prix pour cette étape représentent quelque chose d’énorme pour moi, que je ne pourrai jamais oublier, qui me dynamisent après ces efforts soutenus depuis 6 mois, depuis l’acquisition du Youkounkoun.

Photo: Christophe Breschi

Être récompensé de cette manière est une sacrée reconnaissance ! Même si cela a été très dur mentalement et physiquement, cela a été aussi un très grand plaisir !
Je n’ai jamais regretté d’être là, et avoir atteint ce stade est une belle récompense.
Ce projet reste vraiment très prenant, à un point tel que parfois, un besoin de recul se fait ressentir…

Horta est une destination connue de course au large, le port est décoré de multiples peintures. Chaque mini y laisse une trace de son passage lors de la course Les sables-Les Açores-Les Sables.
Nous aussi laissons notre petite signature sur le quai avant de reprendre le large.

Photo: Christophe Breschi